Postpartum

Le 2 avril 2021.

En plein Postpartum après 1 mois d’Occupation

À construire toutes et tous ensemble pour tenir le bras de fer, face au vide intersidéral et à l’obscénité de ce que ce gouvernement veut imposer aux plus fragiles de tous les milieux.

À dormir (très peu) avec la lumière allumée en pleine gueule 24/24 offerte par l’Odeon "pour notre sécurité"

À réfléchir ensemble, encore et toujours, avec les 95 autres lieux occupés

À être fièr.es de nos Agoras quotidiennes ou se mêlent Prises de Paroles, Musique, Déclarations Politiques, Poèmes de Shakespeare, Fresque géantes peintes en live par les Black Lines, Appel aux Manifestations...

À chialer quand les femmes d’Ibis ou de Westin disent la violence qu’elles subissent

À avoir la chair de poule quand Nadège Meden cantatrice occupante chante de notre fenêtre - oui oui Notre - quand le petit roquet préfet interdit de jouer aux 40 musiciens du philharmonique, installés sur la place, ou quand la Poesie d’Abd al Malik et le Soprano de Nadège s’entremêlent

À avoir les yeux qui sortent de la tête quand Patrick qui travaille chez EDF raconte le terrifiant de la privatisation bien cachée sous le « secret affaire »

À avoir le ventre qui se retourne quand des soignants disent la réalité de leur quotidien et dénoncent l’hypocrisie immonde de la destruction sans fin de l’hôpital

à s’inquiéter quand des momes parlent de leur précarité et de leur isolement avec dans la gorge un mélange de larmes et de colère

À reprendre des forces quand des gens de tous bords viennent au « parloir »devant les grilles nous passer des petits mots d’amour ou des barquettes de petits plats fait maison, en disant que c’est bon, malgré ce que les médias mainstream racontent, ils ont compris que c’était pas que pour les gens de la culture ce qu’on fait et qu’il faut tenir, ou qu’un voisin propose de faire nos lessives

À se renifler l’aisselle discrètement parce qu’on a 1 douche pour 50 et pas eu le temps d’aller se laver

À faire le tour du foyer en demandant les origines de chacun et se rendre compte qu’on est le monde entier, france, cantal-buttes aux cailles (petite dédicace perso!), iran, italie, arménie, cameroun, grèce, argentine, brésil, algérie, benin...

À s’émerveiller que malgré l’épuisement, la parole entre nous toutes et tous si différents, soit en AG toujours respectueuse et bienveillante, et de sentir que toutes et tous sommes habité.es par la même volonté, avec au creux de tout ça la certitude que ce que l’on tente est juste même si par endroits on est pas d’accord

À avoir la rage quand certains t’expliquent que « oui mais... »

On ne sait pas.

Parfois on se plante grave

On essaie.

De toutes nos forces

On range nos petites certitudes et nos egos de merde

On se dit que si on chouine chacun de notre côté à defendre notre petite chapelle, on leur laisse la marge de nous piétiner la gueule à coups de décrets, de reformes et de lois qui détruisent tout ce qui fait NOUS, et qu’il faudra 30 piges pour arriver peut-être à les décortiquer.

On se dit qu’on s’aime, même quand des fois on s’aime pas, parce qu’en face il y a une machine à broyer, qui ne provoque ni amour ni désamour, mais juste du dégoût et de la rage

On rit

On pleure

On s’engueule

On s’émeut

On fait On et c’est tout ce qui compte quand tant de gens se retrouve sur le carreaux

Et c’est tout ce qui leur fait peur

Ce On

Ce Nous

On Nous ne lâcherons rien

On Nous vous espérons

Val - Occupante de l'Odéon

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